Rénovation ancienne : Pourquoi commencer les travaux trop vite est souvent la première erreur
Rénover une maison ancienne : pourquoi commencer les travaux trop vite est souvent la première erreur
Lorsqu’on achète une maison ancienne à rénover, l’envie de commencer est souvent immédiate.
On imagine déjà les murs débarrassés de leurs vieux enduits, les pierres apparentes, une nouvelle isolation, une cuisine ouverte ou des pièces transformées.
On veut faire.
Et lorsqu’on décide d’autorénover, cette envie est encore plus forte : enfin, le projet devient concret.
Pourtant, l’une des premières choses que j’ai apprises au contact des chantiers est presque contre-intuitive :
avant de transformer une maison ancienne, il faut apprendre à la regarder.
Et parfois, accepter de ne rien faire tout de suite.
Une maison ancienne n’est pas une page blanche
C’est probablement l’une des différences essentielles entre construction et rénovation.
Lorsqu’on construit, on part d’un projet que l’on va progressivement matérialiser.
Lorsqu’on rénove, on entre dans une histoire qui a commencé bien avant nous.
La maison possède déjà ses matériaux, son orientation, ses murs, ses circulations d’air, ses équilibres hygrométriques, ses qualités… et ses désordres.
Elle a également connu plusieurs générations d’habitants et parfois plusieurs générations de travaux.
Un enduit ciment a pu être ajouté sur un mur ancien.
Une ventilation supprimée.
Une ouverture condamnée.
Un sol remplacé.
Un matériau imperméable posé là où le mur avait auparavant besoin de pouvoir gérer naturellement l’humidité.
Et ce qui semble être aujourd’hui « le problème » n’en est parfois que la conséquence visible.
C’est pourquoi commencer immédiatement par réparer ce que l’on voit peut conduire à traiter le symptôme sans comprendre sa cause.
Avant de chercher une solution, chercher la cause
Prenons un mur humide.
Notre premier réflexe pourrait être :
Comment supprimer cette humidité ?
Mais cette question arrive peut-être trop tôt.
Il faudrait d’abord se demander :
D’où vient-elle ?
Depuis quand est-elle présente ?
Comment ce mur a-t-il été construit ?
Quels matériaux ont été ajoutés au fil du temps ?
Comment l’eau et la vapeur d’eau circulent-elles dans cette partie du bâtiment ?
Le sol a-t-il été modifié ?
La ventilation est-elle suffisante ?
Que se passe-t-il à l’extérieur ?
Tout à coup, nous ne sommes plus en train de chercher une recette.
Nous sommes en train de réaliser un diagnostic.
Et cette différence change profondément la manière de rénover.
La bonne technique n’existe pas indépendamment du bâtiment
Lorsque l’on débute, il est tentant de chercher :
« Quel est le meilleur isolant ? »
« Quel enduit utiliser ? »
« Quelle est la meilleure solution contre l’humidité ? »
« Comment rejointoyer un mur en pierre ? »
Internet regorge de réponses.
Certaines sont excellentes.
Mais il manque souvent une information essentielle :
Pour quelle maison ?
Une technique peut être parfaitement pertinente dans un bâtiment et totalement inadaptée dans un autre.
Un matériau performant sur le papier peut perturber l’équilibre d’un mur ancien.
Une solution moderne peut être excellente dans une construction contemporaine et beaucoup moins adaptée à un bâti vernaculaire.
Rénover demande donc progressivement de sortir de la recherche de LA bonne solution pour entrer dans une autre logique :
Quelle est la solution juste pour cette maison, à cet endroit, dans cette situation ?
C’est un changement de regard essentiel.
Observer avant d’agir n’est pas perdre du temps
Et c’est probablement ici que les choses deviennent intéressantes pour nous, les bâtisseuses et bâtisseurs.
Parce que cette étape peut être inconfortable.
Nous avons un projet.
De l’énergie.
Parfois un budget qui commence déjà à courir.
Nous voulons avancer.
Observer, réfléchir, questionner et parfois remettre en cause ce que nous avions imaginé peut donner l’impression de ralentir le chantier.
Pourtant, ralentir au début peut éviter de perdre énormément de temps, d’énergie et d’argent ensuite.
Un diagnostic clair permet de hiérarchiser.
Qu’est-ce qui est urgent ?
Qu’est-ce qui peut attendre ?
Qu’est-ce qui relève réellement d’un désordre ?
Qu’est-ce qui appartient simplement au fonctionnement normal d’une maison ancienne ?
Quels travaux doivent impérativement précéder les autres ?
Cette compréhension permet de passer d’une accumulation de travaux à un projet de rénovation cohérent.
Et cela change aussi notre manière de vivre le chantier.
Comprendre permet de reprendre sa place dans son projet
C’est une dimension qui me tient particulièrement à cœur.
Quand nous ne comprenons pas notre maison, nous devenons très dépendants des avis extérieurs.
Un artisan nous dit une chose.
Un autre nous affirme le contraire.
Une vidéo conseille une technique.
Un forum en recommande une autre.
Et rapidement, nous pouvons nous sentir perdus.
Il ne s’agit évidemment pas de devenir spécialiste de tous les métiers du bâtiment.
Il s’agit d’acquérir suffisamment de compréhension pour pouvoir questionner, comparer et décider.
Comprendre son habitat permet de devenir pleinement acteur de son projet.
On peut alors solliciter les professionnels autrement.
Poser de meilleures questions.
Comprendre leurs propositions.
Faire des arbitrages.
Et surtout, savoir pourquoi nous choisissons telle solution plutôt qu’une autre.
La confiance ne vient alors plus du fait de « tout savoir ».
Elle vient du fait d’avoir acquis des repères pour décider.
Le chantier est un formidable lieu d’apprentissage
Il y a cependant une limite aux livres, aux vidéos et aux articles — y compris celui que vous êtes en train de lire.
À un moment, il faut voir.
Toucher.
Comparer.
Questionner.
Essayer.
C’est ce que j’aime particulièrement dans l’apprentissage par l’expérience.
Voir un mur ancien mis à nu permet de comprendre des choses qu’une photographie montre difficilement.
Préparer un mortier permet de sentir sa matière.
Rejointoyer quelques pierres permet de comprendre pourquoi le geste, le support et le matériau sont intimement liés.
Et observer une maison en cours de rénovation permet surtout de voir ce qui disparaîtra lorsque les travaux seront terminés.
C’est précisément pour cette raison que nous avons décidé, avec Frédéric, d’ouvrir notre chantier des 3 Cerisiers.
Les 3 Cerisiers : apprendre d’un chantier en cours
Les 3 Cerisiers sont une maison ancienne que nous rénovons en cherchant à améliorer son confort tout en respectant son fonctionnement et en utilisant des matériaux adaptés à l’existant.
Pendant deux jours, nous allons utiliser cette maison comme un véritable support d’apprentissage.
Nous observerons les désordres rencontrés, leurs causes possibles, les choix réalisés et les solutions mises en œuvre.
Et nous mettrons également les mains dans la matière avec un travail pratique de rejointoiement de murs anciens à la chaux.
Le rejointoiement n’est cependant pas la finalité de cette immersion.
Il est l’une des expériences concrètes qui nous permettront de comprendre une idée beaucoup plus importante :
on ne choisit pas une technique avant d’avoir compris l’existant.
Chaque participante et chaque participant pourra également venir avec son propre projet afin que les enseignements du chantier des 3 Cerisiers deviennent des clés de lecture pour sa propre maison.
Pendant toute l’immersion, Frédéric et moi vous accompagnerons avec deux regards complémentaires.
L’un éclaire le projet.
L’autre accompagne la personne qui le porte.
Car une rénovation réussie ne repose pas seulement sur de bonnes techniques.
Elle repose aussi sur notre capacité à observer, comprendre, choisir… puis agir.
Les bonnes rénovations commencent toujours par un regard juste.
Si cette approche fait écho à votre propre projet de rénovation ou d’autorénovation, vous pouvez découvrir ici l’Immersion des 3 Cerisiers et les deux journées que nous avons imaginées autour de cette expérience.
→ Découvrir l’Immersion des 3 Cerisiers
Si cet article peut aider une autre personne, merci de le partager.
On est ensemble,
Carole
